Étudiants au "Magistère d'urbanisme et d'aménagement du territoire" de l'Université Panthéon-Sorbonne (Paris I), nous avons monté un voyage d'étude au Brésil se déroulant du 3 au 23 avril 2011. Ce voyage consacré au fait urbain a pour vocation de nous offrir, en tant que futurs urbanistes, un regard neuf, riche d'expériences d'autres pays en vue de mieux cerner les enjeux de la ville d'aujourd'hui.
Nous avons pour objectif d'analyser et d'étudier les plus grandes villes brésiliennes : Rio de Janeiro, Brasilia, Curitiba et Sao Paulo. Les visites guidées, les déambulations et les rencontres avec des acteurs universitaires et professionnels aiguiseront notre approche.
Notre projet s'inscrit dans une continuité, en amont la programmation du voyage, les conférences, l'obtention de parrainages; en aval, une exposition photos et la production d'articles thématiques. Enfin durant ce voyage initiatique nous tiendrons un journal sur ce site qui permettra de retranscrire une partie du vécu des expér
iences que nous partagerons.

[ Sao Paulo ]

Mardi 19 avril, ou comment nous connaissons par coeur l'aéroport de Curitiba


Troisième vol interne, troisième journée d'attente à l'aéroport, la musique de la TAM devient notre hymne de raliement... Be happy, be one, be strong be looooooooooove, rassurant, avant chaque décollage. Nous survolons enfin São Paulo ! Le monstre urbain aux plus de 2000 tours s'étale à perte de vue. Transfert jusqu'à l'auberge en voiture, nous découvrons la ville et croisons un 4*4 de la milice, on se croirait vraiment dans un film de gangsters. Ici, c'est vitres teintées et portières vérouillées, il paraît même qu'on fait blinder sa voiture...
L'auberge, petite maison rouge, est chaleureuse, peut-être trop, au goût de certains qui rechignent à partager des dortoirs de dix personnes. Les lits superposés sentent le bébé, et sont courts sur patte, nous voilà revenus en enfance. La nuit tombée, le groupe tortue finit enfin par sortir le bout de son nez pour rejoindre le parc de notre nouveau dieu Niemeyer, qui hante désormais nos rêves et fantasmes. Cependant, le parc restera un mirage, car bien que conçu pour des piétons, il est cerclé d'une deux fois cinq voies qui à vingt promettait un suicide collectif.



À défaut de cette expérience, nous nous rabattons sur un restaurant japonais un tatillon folklorique mais qui comble d'autres fantasmes de sushis accumulés par certains depuis deux semaines.
Nous rentrons au bercail à pied, traversant le quartier japonais, et profitant de cet aperçu d'une des villes les plus dangereuses du monde la nuit. Comme quoi, pas de quoi casser trois pattes à un canard.

Mais, GlooGloo et Ariri



Mercredi 20 : sur les pas d´Higor

Levé matinal pour prendre le métro de bonne heure, nous descendons à Sé et nous retrouvons Higor Carvalho notre guide pour la journée. Nous démarrons un circuit historique du centre ville, nous commencons par la catedral da Se construite dans un style gothique européen mais toutefois agrémenté d'un fronton orné de fruits et d'animaux tropicaux. Elément d'architecture suprenant dans ce cadre par ailleurs si brésilien. Nos pas nous dirigent ensuite vers le Pàtio do colegio : lieu historique de la fondation de la ville par les jésuites en 1554, située sur une colline surplombant le reste de la ville. Un vestige de mur s'y tient encore. Autre état d'esprit, nous empruntons la rue des banques toute proche avec un petit passage quasi forcé par la Bourse ... l'économie n'est décidement pas notre tasse de café! C'est alors l'occasion de gravir une des hautes tours du quartier (161mètres) et des plus hautes de Sao Paulo pour admirer depuis son sommet un panorama ensoleillé sur la ville qui s'étend à perte de vue, parsemée de tours. Dans les cinq minutes qui nous sont impartis au sommet, Higor se lance dans une présentation succinte mais dense du paysage qui nous entoure, nous présentant déjà d'en haut le fameux marché municipal après lequel nous courrerons les trois jours suivants.
Déjeuner express dans un resto au kilo, pour ne pas être dépaysé. Le repas se conclut par l'habituel café gratuit, encore qu'il faudrait plutôt l'appeler sucre liquide gratuit teint couleur café.

Après ce tour de la ville et un premier aperçu de son histoire, nous nous dirigeons vers la Faculté d'architecture et d'urbanisme de Sao Paulo USP. il ne nous faudra pas moins d'une heure dans un bus surchauffé pour y arriver. Nous y approfondissons, toujours avec Higor notre connaissance de la ville. Cycle de trois conférences, l'une sur la création et la formation de Sao Paulo, la seconde sur le système de transport public en en particulier sur le manque cruel de ligne de métro dans les quartiers pauvres, la dernière sur les problématiques du logement à partir de l'exemple du Sao Vito. La dernière demi heure de ces conférences est accompagnée par un orchestre orageux, notre cinquième depuis notre arrivée : bonds de certains qui reçoivent des gouttes d'eau à l'intérieur de la salle, inquiétude et reminiscence d'innondation pour d'autres. La salle est d'ailleurs conçue comme un huit clos ce qui renforce l'impression surréaliste de cet orage, afin de favoriser en théorie la concentration des élèves sur autre chose que la pluie, principe inspiré des cellules monastiques d'après Higor. Nous profitons donc d'être enfermés dans l'université pour découvrir son architecture fascinante et parfois dangereuse : et oui les ouvertures sur les étages inférieurs sans barrières y pullulent. Tout est conçu pour que les étages se confondent, à base de rampes ouvertes, de demi étages et de plafond très haut. La mise en scène est aussi de la partie, le décor reste de béton, on ne change pas un matériau qui gagne mais les manequins déguisé en lapin et les faux suicidés au plafond viennent égayer le parcours. Il s'agit d'une fac d'architecture et d'art et les espaces sont conçus pour cela : large salles pour matérialiser des projets en tout genre, tags artistiques ornant les murs etc...

La pluie ayant enfin cessé, nous reprenons le bus direction le quartier animé de Vila Madalena pour y déguster des empanadas et habituelle Bohemia accompagnés de nos chaleureux maîtres de conférence. Nous y fêtons l'anniversaire de coco avec beaucoup d'émotion à la réception du kit Caipirina, composé de Cachaça, citron vert et le fameux sucre liquide si cher au coeur d'Helin! Puis retour au bercail pour les premiers d'entre nous, les derniers auront eu le plaisir de rater l'ultime métro et de se creuser la tête et de se limer les pieds pour rentrer.

Maïs et Gloo





Jeudi 21 et vendredi 22 : derniers jours brésiliens

Le lendemain, la journée était libre, chacun pouvait découvrir et arpenter la ville comme il l’entendait. C’était aussi l’anniversaire d’Alice, notre Boulbi nationale. On se divisa donc en petits groupes, selon l’humeur et les envies de ballades. Les destinations prisées furent l’Avenue Paulista, sorte de Champs Elysées de Sao Paolo, et le MASP, magnifique musée d’art, conçu par Lina Bo Bardi (et non pas Niemeyer). Avec la petite Marie et Helin, nous avions décidé de faire une journée calme. Nous sommes d’abord allées dans le quartier d’Hygienopolis dont le nom est un fidèle reflet de l’image. Les immeubles, fins et élevés se côtoyaient les uns les autres, sous réserve de la distance respectueuse qu’imposaient les cloisons, barrières, grillages, gardiens, caméras, barbelés entourant leurs pieds. Le style des bâtiments était tout aussi étonnant : tous reprenaient et imitaient des styles bien connus et appréciés, mais en le superposant de façon rigide : une base toujours identique de grande tour fine ; base lÈgËrement rectangulaire. Nous avons fini par arriver à notre destination : le Shopping Mall dont Higor m’avait parlé. Le centre commercial semblait drainer toute la population du quartier, des familles riches, quelques jeunes bien habillés, se promenaient tranquillement dans cet univers aseptisé… nous voillà les crasseuses du centre commercial, en quête d’un déjeuner pas trop cher. Nous partons bien vite, un hamburger sous le bras, manger dans le parc du quartier. Ici, les équipements abondent et rien n’est laissé au hasard. Chaque arbre a sa juste place entre les chemins bien délimités qui balisent le parcours. Les fontaines récup_rent l’eau usée dans des petits récipients servant de gamelle pour les chiens qui jouent dans le parc à chiens sous l’œil attentif de leur maître… Marie, Helin et moi nous demandons si la coureuse blonde en mini short est passée trois fois devant nous ou s’il s’agit de trois coureuses différentes. Après le déjeuner, nous nous dirigeons vers la place de la République. Nous descendons l’avenue de Consolaçao, d’où nous avons de très belles perspectives. Il fait beau, nous prenons des photos, et la six voies que nous longeons est presque devenue une habitude. Sur le chemin, nous faisons escale pour contempler le "drapeau", ou Copan de… Niemeyer, barre serpentant de 5000 logements. Le bâtiment n’a rien de beau, même si sa forme appelle à un certain lyrisme. Mais il n’est pas non plus imposant ou dérangeant, il ne barre pas le paysage. Au rez-de-chaussée, est aménagée une petite galerie commerciale complètement ouverte sur la rue. Tout est fermé, nous tentons de monter dans les étages pour voir l’immeuble de l’intérieur mais un gardien nous rattrape, "nao falo portougèsse", nous repartons, vers le 41ème étage de l’immeuble italien de la place de la République, où il faut payer 20 Reais pour accéder à la terrasse… nous nous contentons d’écarter les persiennes du 37ème étage en attendant l’ascenseur, mais ça en vaut la peine, la vue est splendide, toujours surprenante, si peu ordonnée, et pourtant magnifique de variations, de couleurs…
La place de la République est décevante. L’Èdifice municipal tout jaune jouxte un petit parc "exotique" rachitique. Des papiers flottent dans les fontaines. La ville est vide car c’est un jour férié, et dans les rues il ne reste que les clochards. Nous croisons quelques drogués et travestis dans le quartier Santa Ifiginia, puis rejoignons le Mercado communale, le marché couvert le plus grand d’Amérique latine, selon la légende. Il est à moitié vide, la journée est déjà bien avancée. Nous nous promenons entre les étalages, poissons, fruits secs et noix, nous sommes cernées. Les marchands qui nous alpaguent sont bien inspirés, car nous sommes un peu perdues entre tous ces étalages identiques et sans notion des prix. Nous achetons des fruits secs et frais, des noix, pour l’anniversaire d’Alice aussi, puis nous repartons. A l’auberge, nous fêtons l’anniversaire d’Alice, lui offrons quelques cadeaux et mangeons un gateau spécialement préparé pour elle. Après un début de soirée très caïpirinha, nous voilà partis pour une ancienne église reconvertie en boîte. L’ambiance est assez soft, la musique sympa mais pas tellement dépaysante, la moyenne d’‚ge assez basse… Mais incontestablement, les Brésiliens savent danser.

L’avant-dernier jour (qui est en fait le dernier jour, puisque le dernier jour sera consacré aux dernières courses, aux valises et à l’attente à l’aéroport), c’est de nouveau temps libre, Emma, la petite Marie et Helin (on ne change pas une équipe qui gagne) sont cette fois-ci accompagnées de Fred : nous voilà en route pour la Praça da Luz, qui est vide en ce second jour férié. Nous entrons dans la gare de Luz, où nous restons une dizaine de minutes à admirer l’architecture et à rêvasser devant les trains, rêverie interrompue par le flot de voyageurs, les transports de banlieue bondés semblent montrer les limites à l’extension de la ville… Sur la place de Luz, nous nous émerveillons ensuite devant la façade colorée de la Pinacothèque.
Nous nous dirigeons ensuite, à pied, vers le quartier japonais (le quartier Liberdade), plutôt animé. Nous dégustons des sushis sur la place ensoleillée. Notre balade continue vers l’Avenida Paulista, que nous rejoignons en empruntant le quartier italien de Boa Vista. Avenida Paulista, MASP, Parc Trianon.
La dernière halte de la journée aura ensuite lieu au parc Ibirapuera, où se retrouvent la plupart des magistériens. Ce parc a été conçu par notre cher Burle Marx et abrite plusieurs bâtiments du grand Niemeyer. Le crépuscule l’éclaire d’une lumière particulière, un peu fantastique. La nuit tombe rapidement, la pluie ne va pas tarder, nous nous rapatrions vers l’auberge.
Le début de soirée se déroule avec Higor, puis certains le suivent dans un bar panoramique. D’autres vont écouter une dernière fois de la samba dans un bar proche de l’auberge.