Étudiants au "Magistère d'urbanisme et d'aménagement du territoire" de l'Université Panthéon-Sorbonne (Paris I), nous avons monté un voyage d'étude au Brésil se déroulant du 3 au 23 avril 2011. Ce voyage consacré au fait urbain a pour vocation de nous offrir, en tant que futurs urbanistes, un regard neuf, riche d'expériences d'autres pays en vue de mieux cerner les enjeux de la ville d'aujourd'hui.
Nous avons pour objectif d'analyser et d'étudier les plus grandes villes brésiliennes : Rio de Janeiro, Brasilia, Curitiba et Sao Paulo. Les visites guidées, les déambulations et les rencontres avec des acteurs universitaires et professionnels aiguiseront notre approche.
Notre projet s'inscrit dans une continuité, en amont la programmation du voyage, les conférences, l'obtention de parrainages; en aval, une exposition photos et la production d'articles thématiques. Enfin durant ce voyage initiatique nous tiendrons un journal sur ce site qui permettra de retranscrire une partie du vécu des expér
iences que nous partagerons.

[ Brasilia ]

Dimanche 10 et lundi 11 avril 2011


Nous voilà arrivés à Brasilia dimanche en fin de matinée. Aucun problème durant le vol, par chance, car à peine arrivés dans notre lieu de villégiature, le campus universitaire de l’UnB, une pluie torrentielle s’abat sur nous, à tel point qu’on se croirait en pleine mousson en Asie du Sud-Est. Dépaysement assuré après Rio de Janeiro… Mais cet événement est apparemment extraordinaire. Résultats : inondations et dégâts matériels très importants, arbres couchés en travers des routes elles-mêmes transformées en certains endroits en piscines de boue rouge (couleur frappante de la terre dans cette région).



L’aéroport où nous étions quelques heures plus tôt subit pendant près de deux heures une coupure totale de courant électrique, et les bâtiments les plus touchés sont ceux de l’université, précisément les départements d’architecture et de géographie où certaines de nos conférences étaient prévues… La ville moderniste et utopique que l’on nous avait tant vanté commencerait-elle (déjà) ironiquement à nous montrer ses limites ?

Un passage à l’hôpital et quelques problèmes de dortoirs plus tard, nous nous attaquons enfin à la « Ville ». Premières impressions : hors du Plan Pilote et notamment de l’axe monumental, elle ressemble à une gigantesque zone commerciale et industrielle. La voiture y est reine : peu d’égards sont accordés au piéton qui dispose de rares passages cloutés et de trottoirs (lorsqu’il y en a) quasiment pas éclairés. Son unique privilège : pouvoir arrêter presque partout et n’importe quand le flot du trafic d’un simple mouvement de la main (enfin ça ça reste assez théorique, on a quand même faillit être écrasés plusieurs fois), ce qui est vraisemblablement appréciable par rapport au reste du Brésil. Les arrêts de bus se trouvent souvent dans des endroits incongrus, choisis comme par hasard, posés en plein milieu de nulle part et d’accès encore mystérieux à nos yeux pour leurs utilisateurs.

Le lendemain, nos activités du matin sont annulées (le journal local nous montrera notamment l’amphithéâtre de l’université sous les eaux), mais après déjeuner nous faisons tout de même un tour de la ville en bus en compagnie de Pedro Palazzo. Au programme : Planalto, vue d’ensemble de Brasilia, tour du lac artificiel, résidence présidentielle, superquadra, axe monumental, place des trois pouvoirs et tour de la télévision au coucher du soleil.













Le soir, un délicieux gâteau au chocolat nous attend pour mes 21 ans : je suis sûre de garder des souvenirs très particuliers de cet anniversaire écoulé pendant mon premier séjour à Brasilia, une ville « parfaite » qui n’a laissé personne de marbre…

Luce


Mardi 12 avril

Nous débutons la journée par une visite du campus de l’Université de Brasilia (UnB) avec Claudia Estrella Porto (vice-directrice de l’université d’architecture). Nous quittons donc notre appartement des « Collines », dans la partie nord du campus où se trouvent des logements destinés aux professeurs et aux étudiants étrangers.



Nous avons rendez-vous à l’entrée nord de l’ICC (Institut des Sciences), un des premiers bâtiments créé en 1961, surnommé le « Miocan » (ver de terre en brésilien) et abritant le département de sociologie, de géographie et d’architecture. Il emprunte sa forme aux ailes d’avion du Plan Pilote et est constitué de deux barres parallèles, longues de 1,4km, encadrant un espace central appelé « Praça Mayor ». Cette architecture originale est le fruit d’une idée d’Oscar Niemeyer (encore lui !) et de Darcy Ribeiro (dont le nom fut donné au campus). La réalisation a été confiée à l’architecte Joas da Gama Filgueiras Firma, plus connu sous le pseudonyme « Lélé », et qui serait, selon les propres termes de Claudia, « le plus grand architecte brésilien ».
Le campus, bien que ravagé par les inondations, nous laisse découvrir plusieurs bâtiments de différentes époques. Très éloignés les uns des autres, il faut un certain temps pour se déplacer dans cette espèce de ville dans la ville. Nous avons mis vingt minutes pour accéder au bâtiment principal, marchant sous un soleil de plomb et évitant les voitures au passage, authentiques maîtresses de la cité. Malheureusement, nous nous retrouvons frustrés devant le Miocan, fermé à cause des inondations, et devons nous satisfaire d’une contemplation extérieure.



La suite de la visite nous réserve des surprises autrement plus agréables, à commencer par la bibliothèque, créée au début des années 1980. Très spacieuse et offrant un accès internet (atout non négligeable pour un étudiant en manque de Facebook…), cette imposante structure constitue un point de rendez-vous prisé par les étudiants.
Nous continuons au Rectorat, bâtiment en béton avec un auditorium suspendu et doté d’un système de rampes qui permettent d’accéder aux étages supérieurs. Ces rampes donnent une grande fluidité aux déplacements entre les espaces et crée un lien solide (dans tous les sens du terme) entre eux. Le bâtiment nous a beaucoup rappelé celui de l’UERJ à Rio.
Nos pas nous mènent ensuite au mémorial Ribeiro, créé par Lélé en 2010, avec une coupole en acier et un bassin autour. L’ensemble forme un tout extrêmement agréable et constitue un lieu de rencontre tout à fait sympathique. Cet espace calme et paisible accueille d’ailleurs une exposition sur Ribeiro.
Nous passons ensuite par les premiers bâtiments créés sur le campus par Niemeyer. Un préfabriqué construit avec 3 éléments simples (panneaux – poutres – toit) abrite le centre de planification. Situé en rez-de-chaussée, il a été conçu pour répondre à un besoin d’équipement. Bien que construit dans l’urgence, il demeure bien pensé et assez agréable. Qui plus est, il a plutôt bien vieilli. Notre visite se termine ainsi, nous laissant non pas sur notre faim mais avec la faim. Il est déjà l’heure de déjeuner. 

Après le repas, nous prenons la direction du centre administratif de la capitale brésilienne. Emmenés à vive allure par un petit bus rouge, nous arrivons sur le fameux axe monumental où ministères et autres prestigieuses enceintes se succèdent sur tout son long. Le Palais Itamaraty et son guide anglophone nous attendent pour une visite qui nous a tous charmés. Attention à ne pas marcher sur les tapis persans ! Le Palais, inauguré en 1970, abrite le Ministère des relations internationales et a été créé par Oscar Niemeyer (sacré Oscar !). Selon Ayla, l’étudiante en architecture qui nous accompagne, c’est le plus beau bâtiment de Brasilia. Un jardin aquatique, conçu par Burle Marx, confère à l’entrée une incroyable beauté.
 

 Encore impressionnés par tant de beauté, nous remontons l’axe monumental, passons devant la cathédrale, non sans nous émerveiller de son étonnante architecture, et profitons d’une visite au musée d’art contemporain, en forme d’igloo, dessiné par Niemeyer. Cette très belle structure tenue par le plafond abrite une exposition photo étonnante.
Guidés par Ayla, nous poursuivons notre route jusqu’à la Rodoviaria (gare routière) au cœur des deux axes. C’est l’heure de pointe pour prendre le traditionnel Caldo de Cana (jus de canne à sucre) accompagné d’un pastel de queijo. Un régal ! Peut-être un peu écœurant pour certains… Tout en nous familiarisant avec ces nouvelles saveurs, nous regardons les brésiliens attendre leur bus pour retourner chez eux, en périphérie dans les villes satellites comme Taguatinga. Impossible de ne pas être impressionnés par leur calme et leur discipline. De longues queues sans bousculade où les gens attendent tranquillement à la file indienne … chose improbable à Paris ! Nous devrions peut-être en prendre de la graine !!!

Lauréal
(parce que nous le valons bien !)


 Mercredi 13 avril


Il est 8h50, matinée ensoleillée face au miroir d’eau, nous entrons dans l’édifice monumentale coiffé de ses deux coupoles et surplombé de deux tours élancées : le Congrès national s’offre à nous. Œuvre de l’architecte Oscar Niemeyer, c’est l’image emblématique de Brasilia.


Nous sommes accueillis au sein du « Salon noir », première étape (épistolaire vous verrez) de notre visite. Notre guide, anglophone, nous entraine dans les méandres de ce monstre politico-administratif, nous pénétrons dans un premier hémicycle, celui du Sénat fédéral, couvert d’une moquette bleue nuit mais surtout agrémenté d’un étonnant plafond réalisé à partir d’une multitude de feuillets d’aluminium révélant une douce lumière. Nous nous trouvons alors sous la coupole convexe.
La visite se poursuit vers le second hémicycle dans lequel nous sommes invités à entrer sans nos affaires ; une séance parlementaire est en cours. Depuis la galerie circulaire de cet hémicycle de la Chambre des députés, nous suivons une séance bien calme, une dizaine de parlementaires s’active, certains au micro et d’autres à discuter entre eux … la scène est surprenante. Nous nous situons cette fois sous la coupole concave du Congrès.

Nous prenons ensuite le chemin de l’annexe II accessible via un souterrain bétonné aux allures de bunker, qui passe sous la route longeant le Congrès. A travers le dédale de couloirs, nous découvrons quelques maquettes du site ainsi que du mobilier de l’ancien Sénat, toujours en compagnie de notre guide. Nous nous dirigeons vers le « Salon vert », une vaste pièce dans laquelle les parlementaires ont l’habitude d’être interviewés par les journalistes et où il est possible de se détendre sur des fauteuils très années 60 tout en admirant les quelques œuvres d’artistes brésiliens exposées ainsi qu’un jardin linéaire intérieur conçu par le célèbre paysagiste Burle Marx. Au fond de ce jardin on retrouve un mur carrelé de faïences vernissées bleues assez semblables au traitement mural réalisé au Palais Capanéma de Rio. C’est ici que nous quittons notre guide qui nous conseille avant de partir de nous rendre à l’annexe IV depuis laquelle nous pourrons bénéficier d’une vue agréable sur le bâtiment principal du Congrès. Après un couloir de tapis roulant (étrangement similaire à celui de Châtelet-les-Halles) et une montée d’ascenseur, nous y voilà : de gros hublots, dans lesquels certains s’empressent d’aller « siester », nous dévoilent une vue de côté sur les deux tours et les coupoles.



Aux alentours de 10h30 nous quittons le Congrès national et débutons une période de temps libre que chacun utilisa à bon escient j’imagine (déambulation, déjeuner, détente, etc.)
L’après-midi se poursuit par un ensemble de conférences de qualité à l’Université de Brasilia dans le fameux « Miocan » précédemment cité. La première, en anglais, est menée par le professeur Frederico de Holanda sur le thème de « Brasilia, cité moderne, cité éternelle » durant laquelle il nous a présenté en détails les caractéristiques et les enjeux/problématiques de la ville. Nous avons ensuite poursuivi avec la conférence en français de Pedro Palazzo sur l’historique de la planification à Brasilia. Le programme officiel de notre journée s’achève là, nous repartons vers notre appartement, nous nous arrêtons devant un concert de « rock » dans les couloirs de l’université, nous mangeons, puis vint la soirée qui fut principalement consacrée au repos...fatigués les urba !!

Cocola


Jeudi 14 Avril

Debut de matinée studieuse avec une conférence en anglais de Lucia Cony Faria Cidade sur les contradictions économiques de la planification de Brasilia. On retiendra que la capitale brésilienne a été conçue pour accueillir uniquement des classes moyennes, c´est à dire une population socialement homogène. Les pauvres ont leur place dans les villes satellites ou plutôt dans des villes dortoirs situées tout autour du plan pilote et qui dans quelques cas sont reliées par le métro.

L´enchainement fut parfait  puisque l´après-midi fut consacrée à la visite de deux villes satellites et au premier campement reservé aux ouvriers qui, dès 1957 ont construit Brasilia. Sur place, le museu vivo da memoria candanga retrace l´histoire de milliers de Brésiliens venus à Brasilia pour travailler à son édification mais obligés de vivre à l´écart du plan pilote.

La visite des villes satellites, et notamment d´Aguas Claras, véritable ville dortoir verticale tout juste sortie de terre, nous a laissé sans voix. Effrayant ou fascinant, cette suite d´immeubles flambant neufs plus hauts les uns que les autres plus ou moins innoccupés ne peut pas tellement être défini comme une ville tant l´absence d´espace public ou de commerce est criant.




Ronflex


Vendredi  15 avril

Dernière journée à Brasilia, journée soleil et repos. A 10h, nous sommes partis en taxis au Parc National à quelques kilomètres du centre. Les guides annonçaient des cascades et piscines naturelles sur plus de 32 000 hectares protégés et loin de la ville immense et consacrée à la voiture.

L’arrivée fut plus chaotique, les problèmes d’entrées, les choix de groupes… Pour dire vrai, la « naturel » annoncé paraissait plus artificiel, mais les pelouses et l’herbe étaient là ! Après quelques angoisses dues aux nuages et à une légère pluie, le soleil est revenu. La journée fut très agréable, entre piscine et bronzage. Certains sont partis se balader, ont découvert l’ile de la méditation, et d’autres ont cramé pendant la sieste !


 



En rentrant, l’ambiance alternait entre préparation de l’apéritif et couverture de biafine (méthode totale blanche qui a presque fonctionné).

Puis nous avons fait un grand apéritif avec toutes les personnes rencontrées à Brasilia, professeurs, étudiants et amis, qui nous ont notamment aidées lors des péripéties météorologiques, médicales etc. La Caipirinha et les coups de soleil aidant, nous avons tous dansé le forro dans le salon !! Plus tard le forro s’est transformé en ballet de danse classique avec Ouardia et Céline (très belle imitation du lac des cygnes), voir en French Cancan !

Jeanne, Céline et Pierre