Étudiants au "Magistère d'urbanisme et d'aménagement du territoire" de l'Université Panthéon-Sorbonne (Paris I), nous avons monté un voyage d'étude au Brésil se déroulant du 3 au 23 avril 2011. Ce voyage consacré au fait urbain a pour vocation de nous offrir, en tant que futurs urbanistes, un regard neuf, riche d'expériences d'autres pays en vue de mieux cerner les enjeux de la ville d'aujourd'hui.
Nous avons pour objectif d'analyser et d'étudier les plus grandes villes brésiliennes : Rio de Janeiro, Brasilia, Curitiba et Sao Paulo. Les visites guidées, les déambulations et les rencontres avec des acteurs universitaires et professionnels aiguiseront notre approche.
Notre projet s'inscrit dans une continuité, en amont la programmation du voyage, les conférences, l'obtention de parrainages; en aval, une exposition photos et la production d'articles thématiques. Enfin durant ce voyage initiatique nous tiendrons un journal sur ce site qui permettra de retranscrire une partie du vécu des expér
iences que nous partagerons.

[ Río de Janeiro ]

Lundi 4 avril : Premières effluves brésiliennes

Les quatre heures qui nous séparaient du départ tant attendu ne furent pas dépourvues de sensations. Nous attendions, sinon l’avion, l’arrivée de Coralie, coincée dans le RER B. Soulagement et excitation : nous embarquons enfin dans l’avion, au complet. Un boeing 747 promet de nous conduire sans escale dans la plus fabuleuse « jungle urbaine »… Après une nuit remplie de turbulences, nous atterrissons à Rio, il est 5h20 du matin, heure locale. Les chauffeurs, ponctuels, nous attendent dans une brume déjà chaude. Le fantasme prend vie, et sous nos yeux, se livre le premier aperçu que nous aurons de la ville : les abords de la quatre voies qui nous mène à l’auberge. Une nature luxuriante se mêle aux favelas que nous survolons, des palmiers aux maisons colorées, la vitesse superpose ces visions inhabituelles et déboussolantes (au rythme familier du groupe de rap français IAM bien connu des Brésiliens, que le chauffeur diffusait comme hymne d’accueil). 

Nous voilà à l’auberge, harassés et heureux, impatients de la suite qui se concrétise très vite sous la forme d’un fantastique petit déjeuner… mangues, bananes, kakis, pastèques, melons, pain et jambon : nous sommes servis. Juliana, la gérante, fait honneur à l’hospitalité légendaire des Cariocas. Son sourire rayonne dans toute l’auberge, qu’elle nous fait visiter : les chambres sont spacieuses et agréables. L’auberge se situe au nord de Leblon, quartier tranquille et aisé, fameux pour sa plage, dans la continuité d’Ipanema. Un des axes structurant de la ville longe le bâtiment, mène au Corcovado et nous relie à la ville. Une petite cour dotée d’une piscine anime le patio central de l’établissement. Il nous suffit de lever les yeux pour nous souvenir que nous sommes bien en ville : un building nous surplombe.

Pas de répit pour les voyageurs, deux guides brésiliens nous conduisent illico au point culminant de la ville. La route qui mène au Corcovado nous plonge dans l’ambiance : seul un tunnel sépare le cœur enflammé de la ville au parc naturel de Tijuca qui recouvre 7% de Rio. Le contraste est complet, la végétation tropicale remplace la forêt de tours que nous venons de quitter : colibris, cigales, lianes arborescentes, se substituent au paysage urbain. L’ascension est trépidante. Nous atteignons enfin les pieds du Christ rédempteur noyé dans d’épais nuages. L’ambiance est surnaturelle, dominés par une statue de 40 mètres du Christ, sous la réverbération des nuages, nous tentons d’apercevoir, vainement, la ville en contrebas. Mais la ballade en valait le détour : Antonio, notre guide, nous raconte des histoires de sa jeunesse, de rappel à la sauvette depuis les bras du colosse, dans un français parfait.


Nous quittons notre grand nuage pour entreprendre un tour commenté de la ville à bord des navettes. Il est difficile de raconter ce que nous voyons alors : comme pendant notre trajet depuis l’aéroport, les images se superposent, déconcertantes. L’avant-goût de la ville nous ouvre l’appétit : ce que nous comprenons alors c’est que la ville est complexe et inhabituelle : les espaces verts qui la jalonnent, les morros, la scindent et lui donnent son oxygène et son charme. L’ambiguïté ne se laisse pas aisément saisir. Un quartier convivial nommé Santa Teresa permet de mieux appréhender le charme de cette ville. De petites rues ouvrent la vue sur l’immensité des buildings et de la baie.  Un escalier des plus singuliers recouvert de carrelages venant du monde entier, nous conduisent droit vers leur créateur fou : Sebulon, artiste argentin, une cigarette de marijuana à la main.


Retour dans le van et direction le pain de sucre, nous voilà lancés dans l’ascension de la colline. Après avoir gravi 200 mètres dans la forêt atlantique, épuisés en bons petits citadins européens, nous atteignons l’étape intermédiaire, le sommet qui fait face au rocher. Voyant que les nuages se sont amoncelés au sommet, nous renonçons à monter jusqu’en haut et sirotons de la guarana, boisson nationale, sans se lasser de contempler la baie. Les plus téméraires se lancent à nouveau sur la route de randonnée. De vifs mouvements dans les arbres attirent nos regards : une troupe de petits singes nous font leur numéro. Le groupe initié par Ouardia emprunte le téléphérique, et nous voilà tous sur la praia de vermelho. 

Un bus réfrigéré par la climatisation nous ramène à l’auberge, où les garçons, Jeanne et Laure, décident de barboter dans la piscine. Les moins courageux sirotent une caïpirinha au bord de la piscine et tentent d’éviter les balles perdues du water polo improvisé des barboteurs. 

Axel, notre contact sur place, nous rejoint. Fin connaisseur de Rio, puisqu’il y vit depuis deux ans et y est guide, il nous conduit dans un restaurant de viande. Affamés, nous dévorons un copieux repas composé de viande de bœuf, riz blanc, riz et brocoli, pane de manioc, et poivrons crus agrémentés de vinaigre et d’oignon. Enfin, rassasiés, épuisés et heureux, nous rentrons nous coucher.

Laura et Emma


Mardi 5 avril : crapahutage urbain

Nous partons de bonne heure de l´auberge pour prendre le métro dans un froid glacial climatisé. Rempli d´hommes d´affaire encravatés, il est étonnement spatieux. Nous descendons à Largo do Machado, à proximité du centre ville. En avance nous ne pouvons nous empêcher de tester les appareils de musculation ludiques réservés au troisième age. Les personnes à qui ils vont de droit nous expliquent comment s´en servir ou nous regardent perplexes, le sourire aux lèvres. A peine arrivé Axel nous dirige de son pas franc et dynamique vers La  Praia de Flamengo, le water front. Il profite de la traversée du Parc du musée de la République pour nous faire un rapide rappel historique de la situation politique à l´ombre de palmiers gigantesques et de tortues minuscules.
Nous accédons à la plage Praia de Framengo grâce à la passerelle, conçue pour être un trait d´union entre la ville et le water front.
La plage, malgré sa proximité à un axe routier important reste calme et invite à la promenade grâce à une trame verte qui la longe. Nous nous trouvons actuellement sur une avancée de terre prise à la mer sur 2 km de profondeur, l´aterro. C´est à ce moment là que nous passons devant le monument au mort, Axel nous explique sa symbolique : il représente deux mains ouvertes vers le ciel en signe de paix.
Cette promenade nous amène sous les arches du musée d´Art Moderne, à l´architecture inspirée de Le Corbusier. Nous faisons une halte au Palais Capanema, synchretisation de l´architecture moderne brésilienne. Conçus selon les plans de Le Corbusier, l´équipe se compose de grands architectes, urbanistes et paysagistes tel que Lucio Costa, Oscar Niemeyer et Burl Marx. On retrouve les principes de l´architecture Corbuséenne avec l´emploi du béton, la structure sur pilotis et les jardins terrasses. Les façades décorées de céramiques bleus et blanches qu´on appelle communément Azulejos rompent la rigidité du béton. 

Nous poursuivons notre parcours jusqu'à la place Place Quince, véritable collage urbain de l´époque coloniale jusqu'à nos jours. Nous déjeunons dans un quartier préservé de l´époque colonial, aux maisons colorés surplombées de grattes ciels. 

Sur les marches du Real Gabinete Portuguez de leitura (bibliothèque)
A peine la dernière bouchée avalée nous partons en direction de la maison d´Axel située dans une favela en haut du quartier de Santa Teresa. Trop fatigué pour monter à pied, nous grimpons dans le Bonde, tram typique, tout du moins sportif pour ceux qui le prennent debout, proche du vide.


A la descente du tram, nous nous requinquons dans un bar du quartiers où nous dégustons la Bohémian, bière locale. Lorsque nous repartons, il pleut des cordes et nous arrivons chez Axel trempés. Heureusement une vue splendide nous attend : un panorama dévoilant les collines de Rio et ses plages. Sous un mitraillage de photos il nous raconte la pacification des favelas et les descentes en force des UPP (Unité de Police Pacificatrice). Nous nous empressons de poursuivre notre parcours et nous descendons à la nuit tombante dans les rues sinueuses de la favela. Avec quelques difficultés, on nous conduit au Morhino Projects : une ville miniature illuminée nous attend. 

Constituée de briques peintes et de quelques légos armés de mitraillettes, la maquette représente la vie quotidienne de la favela, soirée funk en plein air, troupes UPP, hélicoptère de police et espaces de détentes. L´artiste nous accueille dans sa maison et nous dévoile les vidéos de ses projets réalisés dans d´autres villes du monde, toujours accompagné de ses amis d´enfance, au départ compagnon de jeu, ils forment aujourd´hui une troupe d´artistes.


De retour a l´auberge, nous dévorons une platré de spaghettis home made bien méritée.

Boulbi et Gloor 



Mercredi 6 Avril : la Cité de Dieu, Cidade de Deus

La journée a commencé par une présentation rapide de cette fameuse favela carioca, par Rafael Soares Gonçalves, auteur de Les favelas de Rio de Janeiro : histoire et droit, XIXe et XXe siècles. Dans cet ouvrage, il étudie les favelas cariocas à partir de la question du droit. La Cité de Dieu fait partie des 950 favelas de Rio, dans lesquelles 20% de la population vivent. Les favelas cariocas sont les seules favelas brésiliennes qui se situent au centre de la ville. La Cité de Dieu ne se trouve pas sur un morro, colline, contrairement à beaucoup d'autres favelas cariocas. Elle a été construite pendant les années 1960, passant de cité à favela.
Après une heure et demi de bus, nous sommes arrivés à l'entrée de la favela, où nous attendait Janis, une étudiante de Rafael. Elle s'est faite notre guide pour la matinée, connaissant très bien la favela, où elle est née et d'où elle a déménagé il y a seulement quatre mois. On entre alors dans la favela, sans encore sans rendre compte : pas de grillage ou de mur pour délimiter le quartier par rapport au reste de la ville. En suivant Janis et grâce aux commentaires de Rafael, on découvre les ruelles de la Cité.
La favela se situe au bord d'une grande route, où s'arrêtent les bus et avec eux, beaucoup de services publics. La pacification récente de la favela fait pénétrer certains services publics comme la banque Bradesco dans la favela. Cette pacification est réalisée par une Unité de Police Pacificatrice. L'UPP supprime les apparences de la violence dans la favela : on ne voit plus d'enfants avec des armes, images visibles notamment dans le film portant le nom de la favela : La Cité de Dieu. Ainsi, on ne reconnaît pas la favela filmée, en 2002, par Fernando Meirelles et Katia Lund. Une partie de la favela est régularisée, mais les trafics continuent. On peut penser que la volonté de pacification des favelas, qui s'accentue depuis quelques mois, est liée à l'organisation de la coupe du monde de 2014 et surtout à celle des jeux olympiques de 2016. La ville de Rio veut afficher l'image d'une ville opulente et moderne, capable d'accueillir de grands événements sportifs et pour cela, elle doit dissimuler ses pauvres et tente donc de pacifier les favelas, dont la Cité de Dieu.
Nous nous promenons le long des rues et des maisons, la favela est coupée par un canal qui sert à évacuer les eaux usées. Les abords de ce canal sont jonchés de déchets malgré la présence de quelques éboueurs. Mais il en faudrait le triple pour enlever tout ce qui est par terre. Les animaux, chiens, chats, poules errent dans les rues. Les enfants jouent dans les terrains et aires de jeux construites par la ville pour eux. On n'observe pas de mendicité au sein de la favela, les habitants vivent de petits boulots ou ont un petit commerce : petit garage, centre de sport, taxiphone, petites échoppes...
On remarque plusieurs générations de maisons, celle des programmes de logements qui sont construites avec des matériaux plus solides et celles construites illégalement, ensemble de briques et de taules. Les étages se construisent au fur et à mesure avec l'aide des amis, de la famille.
Janis connaît nombre des favelados, en route elle croise et embrasse une de ses amies, qui insiste alors pour nous faire visiter sa maison. On se retrouve à vingt dans 30 m². Nous nous sommes ensuite dirigés vers la route où nous avons laissé Janis et pris les minibus direction : la barra de Tijuca.
Le quartier Tijuca reflète l'accueil proche des JO. En effet, on observe aujourd'hui une concurrence entre deux centres cariocas : d'une part, un centre affirmé, le centre historique et d'autre part, un nouveau centre probable, la Barra de Tijuca, situé au sud. Ce quartier est constitué de logements haut-de-gamme, et comprend beaucoup de centres commerciaux.
En 2007, le Brésil et Rio ont accueilli les jeux panaméricains, ce qui a permis la création de quelques équipements sportifs et d'espaces résidentiels. Cependant, les logements ne sont pas occupés à 100%.
En raison des JO, une prolongation du système de transports est prévue. Ainsi, on projette de créer une station de métro, près de la Barra de Tijuca, à la place d'une petite favela, ce qui impliquerait la destruction de cette favela, sans garantie de relogement pour ses habitants.
L'après-midi, nous sommes allés nous baigner sur les plages de la Barra, très fréquentées par les Brésiliens aisés, et qui sont bien moins touristiques que celles de Copacabana. Les grandes et grosses vagues ont fait le bonheur de tous.
Enfin la journée s'est clôturée par un cours de Forro dans la guest-house et son application au Democraticos, boîte de Forro où des musiciens jouent en live dans le quartier de Lapa. 


War-war et Solaire.



Jeudi 7 Avril : Silloner la ville

Nous avons encore pu deviner l'immensité de la ville aujourd'hui, à travers un programme chargé mais détendant. Nous avons commencé la journée à l'UERJ l'Université de l'Etat de Rio, où les professeurs Gilmar et Oscar Rocha Barbosa nous ont chaleureusement accueilli, présenté l'université et proposé une conférence sur les événements sportifs et leur impact sur les villes. En particulier celui des futurs coupe du monde et JO à Rio. Le campus est un complexe d'étranges bâtiments en béton, aux rampes d'accès larges qui fusent entre les immeubles, qui se croisent et se recroisent jusqu'aux toits. On retrouve ici cette alliance si brésilienne du béton et des plantes tropicales, l'endroit était frais, ouvert et bien agréable, sous le soleil de plomb qui nous fait cuire comme des homards. 


Nous avons ensuite migré vers le jardin Quinta de Boa Vista, en longeant le stade Maracana, emblème du Brésil et de Rio. C'est un monstre, qui peut accueillir 100 000 personnes, et qui est quasiment tous les soirs envahi par les supporters. Après avoir traversé Morro do Barro Velho, nous nous sommes rendus à la foire du Nordeste, située dans le quartier de la communauté salvadorienne, coin un peu chaud de Rio, où nous nous serrions tels des moutons paranoïaques. 
C'était un endroit étrange, aux allures du parc de Chihiro, quasiment désert. Tout le monde y a fait le plein de hamacs. Les restaurants étaient de grandes salles climatisées comme des frigos, où pour pas cher on mange beaucoup et "brésilien"... Un point gastronomique est d'ailleurs de mise... Ici, on mange assez cher, très salé et très gras. Et beaucoup de haricots rouges. Nous sommes étonnés de voir qu'un pays avec une telle diversité culturelle et de tels mélanges présente une si petite palette de plats (on oscille toujours entre bœuf ultra salé car conservé ainsi, frites, riz - si si, les deux en même temps ! - haricot, manchons de poulets frits et manioc en poudre ou frit). Le pays regorge en revanche de bons fruits. Et si personne n'a le dengue, fléau qui met le groupe en émoi, les effets de la nourriture commencent à se faire ressentir.
Nous avons ensuite pris le bus pour rejoindre le port, en passant par le sambodrome de Niemeyer, étrange rue toute en longueur surplombée par de hauts gradins, où se défient les écoles de samba (pendant le carnaval)...
Finalement, après avoir fait la genèse du port et admiré le premier building de Rio, nous sommes allés dans le quartier pittoresque de Saude, aux couleurs chaudes particulièrement valorisées par le coucher de soleil. Nous sommes ensuite rentrés, pendant que certains continuaient la soirée dans le marché populaire de la station Urugaya, achetant les inévitables Havaianas, louchant sur les sous-vêtements brésiliens, et s'extasiant dans les magasins de déguisement en enfilant des têtes de lapin... 

Après quelques courses, et un gros repas, la soirée s'est finie en cours de boxe, et en un tarot endiablé.

Maïs et Riri



Vendredi 8 Avril : Niteroi

Passez le pont entre Rio de Janeiro et Niteroi si vous voulez voir le célèbre musée de l’architecte Oscar Niemeyer. Mais vous devrez d’abord affronter la circulation dantesque de Rio à 8h30 du matin. Nous arrivons au chemin Niemeyer, le premier bâtiment que nous croisons n’est pas terminé, sa couleur blanche contraste avec le bleu de la mer et les falaises.


Retour au van, et direction le musée Niemeyer, le vrai. Un ovni architectural dans tous les sens du terme : une œuvre venue de l’esprit d’un des plus grands architectes du 20ème siècle. En forme de soucoupe renversée, ce bâtiment est le fruit d’une intégration paysagère de haute qualité : le Pain de Sucre sur l’autre rive de la baie de Guanabara est parallèle à la façade en porte-à-faux, et les miroirs d’eau reflètent l’océan.



Troisième étape : la forteresse Santa Cruz. Depuis la piste de parapente, nous avons un magnifique panorama. Pierre ne peut résister et saute dans le vide. Pour nous remettre de nos émotions, nous déjeunons dans un restau au kilo (on paye selon le poids de notre assiette). Moment d’anthologie : l’un(e) des auteurs de ces lignes veut se laver les mains avec la solution hydro alcoolique généreusement posée sur la table qui accueille le thé et le café, mais ladite solution se révèle être du sucre liquide… Autant dire que le soleil tape fort à Niteroi.

Il s’agit maintenant de plonger au cœur de la nature de Niteroi sur la plage d’Itacoataira et ses sommets escarpés. Notre guide, Axel, nous laisse nous noyer deux minutes dans des rouleaux de 3 mètres avant de nous convier, fatigués, à escalader le Morro qui surplombe la plage. Rien de surprenant d’abord dans l’ascension, une forêt un peu dense, des lianes, des racines saillantes, de la boue. C’est ensuite que les choses se corsent : Axel nous conseille d’enlever nos tongs, et nous voilà à quatre pattes. Nous crapahutons sur 200 mètres une pente inclinée à 45 degrés (l’urba, ça rigole pas). Nos voûtes plantaires se transforment en écorce à mesure que nous découvrons avec émerveillement le spectacle qui soudain s’offre à nous.


Nous contemplons l’entrée de la baie de Guanabara par laquelle les navigateurs portugais vinrent il y a plus de 500 ans, pour installer la colonie que l’on nommera très tôt Rio de Janeiro. Ces derniers croyant s’être engouffrés dans l’estuaire d’un fleuve durant le mois de janvier 1502, baptisèrent leur colonie Rio de Janeiro ou « fleuve de janvier ». Hilares de leur erreur, ils conservèrent cette appellation. Une autre explication pourrait être que « Ria » signifie « baie » en portugais. Une fois arrivés au sommet, nous profitions du merveilleux point de vue, mais nous ne pouvons malheureusement pas nous permettre d’attendre que le soleil soit couché, car le retour dans l’obscurité serait trop difficile. Déjà, la nuit tombe peu à peu (malgré la chaleur, il ne faut pas oublier que nous sommes au début de l’hiver brésilien). Presque paralysés par la beauté qui nous entoure (…et un peu de vertige avouons-le), la descente est compliquée, mais nous arrivons sains et saufs en bas. La fatigue est là, et le van, lui, veut partir sans nous. Laure négocie son heure sup au chauffeur qui nous ramène sur les chapeaux de roue à Rio de Janeiro, où la nuit a déjà commencé. Nous nous dirigeons vers la Pedra do Sal, pour y vivre l’ambiance survoltée de la samba de rue. Des musiciens réunis autour d’une table, des instruments, des amplis et la rue s’enflamme. Nous digérons une journée aventureuse par une soirée bien méritée. Enivrés par la musique, certains s’isolent pour écouter les sons d’une Amérique foulée pour la première fois.

Kara et Ninou



Samedi 9 Avril : un samedi à Vale Encantado


Après une grasse matinée bien méritée et quelques boutons de moustiques supplémentaires, nous partîmes en direction de Tijuca. La première halte eut lieu au parc de Tijuca. Sous nos yeux coulait une splendide cascade. L’eau tombait telle les moustiques sous la main de Frédéric. Une flore florissante verdoyante et chatoyante s’offrait à notre vue. Au bord du basin d’écoulement de la cascade, une colonie de fourmis s’activait gaiement. Soudain, une licorne arriva mais ceci est une autre histoire. Las, la réalité et ses impératifs nous rattrapèrent. Nous sautâmes dans les vans afin d’arriver à temps au village de Vale Encantado.



Deuxième halte. Octavio, président de l’association des habitants de Vale Encantado, la trentaine, en bottes et treillis, nous attendait pour une visite de la favela et de ses alentours. La balade commença à travers les touffes touffues de verdure. Le chemin était étroit mais nous donnait à voir un somptueux panorama : collines cultivées ou non, sommet du « vieux monsieur au crane chauve », quelques villages et la mer à l’horizon. Si vous êtes toujours avec nous, poursuivons la balade. Octavio nous conta l’histoire des lieux.



Trois périodes d’exploitation se succédèrent tirant profit des richesses de Dame Nature. La forêt fut défrichée afin de permettre la culture du café et l’implantation de pratiques agricoles. Cette période s’acheva du fait de la concurrence avec le centre de la ville et de l’insuffisance d’un marché solvable. La présence de roches de granite révèle l’exploitation passée de celles-ci au sein de carrières. La production de fleurs rythma un temps la vie de la favela. Aujourd’hui, le tourisme est source de développement local pour la favela. Une ONG dispense des formations de guide à certains membres de l’association, à l’image d’Octavio. Différentes formules de découverte sont proposées. Nous avons opté pour une ballade d’une heure. La production de produits bio et locaux est une des formes que prend le tourisme.

D’apparence, Vale Encantado semble être un petit village de montagne de 350 habitants. Contrairement aux favelas « traditionnelles », Vale Encantado est situé loin de la ville, en bordure du parc naturel de Tijuca. Cet isolement est renforcé par la relative autonomie économique du village. Les favelas sont d’ordinaire des quartiers où la majorité des habitants travaillent à l’extérieur. A Vale Encatado, l’économie locale a toujours généré des emplois pour les habitants : agriculture, floriculture, entretien du parc et maintenant le tourisme.
Vale Encatado se distingue aussi par son histoire. Le village se développe depuis le XVIII tandis que la majorité des favelas se sont construites au XX, en accompagnant l’essor des villes. La communauté repose sur les trois familles qui s’installèrent pour travailler dans les plantations de café. Leurs descendants constituent l’essentiel des habitants de Vale Encantado. L’existence de liens familiaux donne une dimension supplémentaire au sentiment communautaire qui unit les habitants des favelas. L’histoire de Vale Encantado ainsi que sa localisation permettent probablement de comprendre pourquoi le village échappe au contrôle des gangs, d’ordinaire omniprésent dans les favelas.
L’exemple de Vale Encantado rappelle la difficulté de caractériser les favelas. Ce sont des espaces d’occupation illégale du sol. Il semble difficile de préciser davantage cette définition : les relations avec la ville, les types d’économie informelle et la nature des liens communautaires varient d’une favela à l’autre.

Au cours de la balade, nous plongeâmes dans le monde insolite de la forêt tropicale. Une explosion d’arômes et de fragrance divers nous titilla les narines : feuilles-citron, feuilles-bolognaise, feuille-clémentine, basilic, feuille pour éloigner les mauvais esprits. Plus étonnant encore, un litchi difforme atteint de gigantisme autrement appelé Jacque. Toujours étrange : la fleur timide. Au contact d’un corps inconnu, elle replie ses feuilles et se ferme à l’Autre.


La ballade prit fin devant bluffant buffet : jus de mangue, jus de fruits de la passion, jus de chouchou (sorte de concombre persillé au goût de menthe), épinards, tourte à la saucisse, hybride concombre/cornichon râpé proche du chou blanc, farine de manioc, riz, poulet, salade de légumes, compote de bananes, baies roses. Mmmmmh que c’était délectable ! Tous ces produits provenaient des jardins locaux.

Afin de digérer ce copieux repas, nous remontâmes dans les vans. La route fut longue, longue, longue, comme le coup d’Alice imitant la girafe. Le paysage défilait sous nos yeux ébahis. Oh une colline ! Oh la maison de Niemeyer ! Oh une colline ! Raaah des embouteillages !

L’orientation de l’économie locale vers le tourisme vert est un des aspects de la lutte des habitants pour légitimer l’existence du village de Vale Encantado. Bien qu’à l’extérieur du parc naturel, les habitants de Vale Encantado en utilisent les ressources : coupe de bois, drainage des sources d’eau, modification de l’écosystème. Ainsi, le jacquier, planté comme espèce comestible empêche le développement des arbres indigènes à proximité. Les habitants de Vale Encantado s’efforcent de retourner cet argumentaire écologique négatif par des initiatives en faveur du développement durable : tourisme vert, agriculture biologique, entretien du parc. Cette stratégie de développement, alliée à la mobilisation des habitants, permet également de lutter contre les projets de complexe hôteliers à Vale Encantado.


Troisième halte. Les plages de LeBlon, Ipanema et Copacabana.



Virg'marie